diablogues

 
Dimanche 3 février 2008
  • On aurait pu parler d'Its a free world, le dernier Loach, très bon malgré une fin déterministe qui ne s'imposait pas, ou de Didine, victime du syndrome récurrent dans le cinéma français du premier rôle bien fadasse par rapport aux seconds.
  • On aurait pu causer de l'hystérie médiatique hallucinante autour d'une claque à l'école, récipient de tous les lieux communs dont on se demande bien pourquoi on en fait tant de cas (revival bayrouiste de la main tendue dans ta gueule ? teaser préparant le retour du pensionnat de Chavagnes ? angoisse inconsciente vis-à-vis d'une génération qui finira bien par nous demander des comptes sur toutes les merdes molles qu'on lui laisse ?).
  • On aurait pu se marrer devant l'image de Kouchner, Attali et Sarkozy, bras-dessus bras-dessous dans une époustouflante brochette de fatuité décomplexée.
  • On aurait pu disserter sur "-  Combien faut-il de psychanalystes pour changer une ampoule ? - Un seul, mais encore faut-il que l'ampoule veuille vraiment changer".
  • On aurait pu parler de ma formidable playlist de février, quasi dénuée de trucs à chialer (profitez, profitez)(moi c'est l'été qui me plombe).
  • On aurait pu parler de mon amoureuse ou de mon fils, mais là j'ai pas le temps, je les savoure.
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  • Non, là, c'est la phrase d'une amie qui résonne soudain à mes oreilles et vient me fournir une conclusion à ces élucubrations.
  • "Bah, tant que t'es pas sur une voie de garage hein !"
  • Evidemment que ça résonne, parce que là, c'est plus une voie de garage qui remplit mon cv, c'est un centre Norauto tout entier, je bosse juste pour un canard exclusivement destiné à une industrie qui n'existe plus et dont la liste d'abonnés sera bientôt moins longue que celle des candidats à la tête du PS.
  • Et bien, tu veux que j'te dise, non seulement j'en ai pas grand chose à battre tant que ça paie le loyer et les noix de cajou, mais j'ai même carrément intégré, depuis cet été peut-être, le fait que j'étais doué pour plein de choses (si)(si, j'te dis)(oh ta gueule hein !), mais vraiment pas pour m'intéresser à un plan de carrière.
    Alors autant consacrer mon temps à autre chose.
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  • Genre ma valise - 'croyez qu'il va faire beau à Barcelone ce week-end ?
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par boultan publié dans : à vivre
Mardi 29 janvier 2008
  • Hier on a vu Sweeney Todd, et c'est comme quand on croise cet ancien pote de lycée qui était si drôle mais qui raconte toujours les mêmes blagues, la verve de la jeunesse en moins. Ou alors c'est nous qui avons vieilli, va savoir.
  • Le principal problème de ce film réside dans l'absence de Danny Elfman : en remplaçant l'un des deux ou trois plus grands compositeurs de cinéma par un nazebroc (*), Burton nous inflige d'insupportables ritournelles, maellström irritant et répétitif couvrant une grosse moitié du film de niaiseries qui rappellent davantage André Rieu au pays des touffes grises que l'Etrange Noël de Mr Jack.
  • Déjà bien lesté par cette soupe poisseuse comme le fog londonien et par vingt premières minutes assomantes, l'estomac du spectateur subit en outre les lourdeurs d'une histoire des plus prévisibles (pourtant, la traversée express de Londres, au tout début, laissait espérer une mise en scène plus nerveuse), d'une satire sociale (et si les pauvres se nourissaient des riches, pour une fois ?) sous-exploitée et d'une esthétique gothique certes assez réussie, mais réduite à deux décors et demi et tellement déjà vue, et souvent en mieux, chez Burton.
  • Les regrets sont d'autant plus vifs que les quelques scènes originales et dynamiques (l'irruption de Borat en barbier italien, la rêverie balnéaire de Ms Lovett) sont particulièrement réussies. Reste, aussi, des acteurs qui font ce qu'ils peuvent : Johnny Depp concerné mais peut-être pas assez vicieux pour le rôle, Helena Bonham Carter toujours aussi touchante, et des méchants assez méchants - c'est déjà mieux que dans Chansons d'amour où, en plus de chansons insupportables, on se coltinait des acteurs principaux mauvais comme cochons (*). Alors que le personnage du barbier se trouve limité à son unique dessein (c'est, physiquement et mentalement, un Edouard déniaisé qui se venge, disons), celui de sa complice, le plus riche du film, aurait d'ailleurs gagné à être mieux exploité.
  • Ca donne envie d'aller revoir Sleepy Hollow et Edouard aux mains d'argent.
  • Ca donne aussi envie de tuer toutes les Johaaaannaaaaaa du monde.
  • (C'est qui cette blondasse d'ailleurs, on dirait une Christina Ricci étirée en vertical ?!)
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  • Bref, comme dit mon amoureuse avec concision et à-propos : "que c'est tarte".
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  • (*) Rappel : en vertu de la nouvelle charte éditoriale de ce blog, une astérisque indiquera désormais l'emplacement de chaque diatribe que l'auteur se sera refusé à commettre à l'encontre du président de sa république, et ce afin de limiter autant que faire se peut l'immixtion dudit irritant stand-uper dans nos existences déjà livrées aux affres du chômage de masse, du réchauffement de la planète et de David Guetta. 
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par boultan publié dans : à voir
Samedi 26 janvier 2008
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  • Ouais, un nouveau titre pour ma playlist "J'ouvre les fenêtres et je fais le ménage en bougeant du croupion sur des trucs inavouables" !
  • note : pensez à faire le ménage en 2008 (*)
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Vendredi 18 janvier 2008
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  • Hier j'ai vu Charlie Wilson's war et j'en suis sorti avec un sentiment de semi-gâchis - surtout après les tous premiers plans, où on pense que ça va être un joyeux foutoir de branquignoles, quand le drapeau US se noie presque littéralement dans un jacuzzi bordé de coke (*) et rempli de filles légères et ambitieuses (*).
  • Mais la suite s'avère moins réjouissante. La mention "based on a true story", généralement censée excuser les faiblesses du scénario au nom de la ciné-réalité, ne suffit pas à rendre ne serait-ce qu'un chouia réalistes les trois personnages principaux : Tom Hanks cabotine (*) comme personne, Julia Roberts s'avère aussi crédible en millionnaire bible belt que Mme de Fontenay en Jacky Kennedy et Seymour Hoffman, comme à chaque fois, ravale au rang de faire-valoir quiconque côtoie son charisme insensé à l'écran.
  • On sent bien que Nichols aurait voulu faire du Capra, mais les dialogues désincarnants à force de briquer chaque virgule de chaque réplique, la mise en scène plate et la musique lénifiante au possible entrainent le film dans un ronronnement satisfait, où l'on recherche désespérement la moindre fêlure. Et, surtout, on se demande bien quel est le message du bouzin : au-delà des bonnes vannes et des situations improbables, la guerre reste caricaturale au possible et l'America über alles suinte de l'écran.
  • Dommage pour les trois têtes d'affiche (qui font allègrement passer la pilule hein, on va pas se mentir, c'est loin d'être désagréable) qui mouillent la chemise avec un plaisir somme toute communicatif. Bref, rentre derechef dans la grande lignée des films amusants mais un peu vains, dont l'essentiel tient dans la bande annonce.
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  • (*) En vertu de la nouvelle charte éditoriale de ce blog, une astérisque indiquera désormais l'emplacement de chaque diatribe que l'auteur se sera refusé à commettre à l'encontre du président de sa république, et ce afin de limiter autant que faire se peut l'immixtion dudit irritant stand-uper dans nos existences déjà livrées aux affres du chômage de masse, du réchauffement de la planète et de David Guetta.
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par boultan publié dans : à voir
Vendredi 11 janvier 2008
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  • Parce que hein ! 
  • Bon.
  • Nausée, à force.
  • Et pour s'aérer les neurones :
  • Le year in pictures du New York Times est sorti.
     
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Jeudi 3 janvier 2008
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  • Hier on a vu Gone baby gone, dont le grand mérite est de refuser son destin de gros polar/mélo, avec son quota règlementaire de larmes et de poursuites, pour arriver à quelque chose de plus intéressant à long terme - ce qui est artistiquement et commercialement admirable.
  • Ben Affleck axe le scénario sur tout autre chose que l'enlèvement de la gamine : le combat entre moralité et justice, la paternité, la fidélité à soi-même et à sa "famille", la culpabilité... le tout sans coincer le spectateur dans une solution type, sans morale clairement affichée, sans déballage de pathos. L'ensemble n'échappe pas à quelques péchés de jeunesse logiques pour un premier long-métrage : une mise en scène parfois un peu molle et impersonnelle, le personnage de Michelle Monaghan sous-exploité (ce qui empêche la compréhension de son revirement et retire au film sa seule présence féminine potentiellement sexuée)(mais c'est aussi vrai pour le personnage de Casey Affleck, on aimerait en savoir un poil plus sur lui au début du film)(pas beaucoup, juste ce qui justifie par exemple la quête de Jake Gyllenhaal dans Zodiac)(mais j'imagine que l'excellent générique du début est censé combler ce vide, dans un sens)(bref), le jeu de Morgan Freeman trop monolithique, une ou deux séquences freaks dont on espère qu'elles sont exagérées sans en être trop sûr... mais l'honnêteté et l'humilité qui s'en dégagent le rende très attachant et le scénario fonctionne à plein dans la seconde partie.
  • Et Casey Affleck, s'il continue de choisir des personnages allant au-delà de ses yeux et de sa voix pleins de larmes, s'imposera définitivement comme un très grand acteur et constitue presque à lui tout seul un modèle assez inédit de masculinité incarnée à l'écran - il ne faudra pas longtemps pour qu'on entende "Mais si, Ben Affleck, le frère de Casey !".

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par boultan publié dans : à voir
Mardi 25 décembre 2007
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par boultan publié dans : à vivre
Vendredi 21 décembre 2007
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  • Hier j'ai vu Je suis une legend, très bien jusqu'à Shrek. C'est plutôt bien filmé, il y a une vraie progression dans le perso de Neville, Dieu merci Will Smith ne fait pas de vannes (ou alors des vannes qui donnent envie de se pendre), les flash-backs (ficelle casse-gueule par excellence) passent plutôt bien avec notamment une grosse scène larmoyante judicieusement éludée, même le genre "maman j'ai peur" est quelquefois esquissé avec beaucoup de justesse (le hangar où le chien est rentré, utilisation classsique mais efficace des lumières et du cadrage).
  • Et on arrive au mannequin (piège ou delirium ?), puis au fuck'em all, puis à Shrek, et on se dit, "bibi, là le film il va monter de 10000 pieds, le gusse va devenir frappadingue, Terry Gillian a écrit le dernier tiers, alleluia". Et pis non, blockbuster powa, la fin est indigente... dommage.
  • Mais on ne m'enlèvera pas de l'idée que l'omniprésence des écrans de télé, et le fait que précisément le climax se passe devant Shrek, est comme un message du scénariste pour dire "oh, c'est juste de l'entertainment les gars, moi j'aurais bien voulu mais j'ai des producteurs au cul, désolé". C'est d'autant plus dommage que de toute façon le film est suffisamment violent pour ne pas être familial, alors pourquoi cette fin ridicule, cul-bénit, incohérente ?
  • De même, l'idée du héros (noir) qui essaie de réparer les conneries de scientifiques (blancs), le mannequin (blanc) qui refuse de lui dire bonjour (en même temps c'est un mannequin hein, mais bon, le symbole est là), le canardage sur les buildings de yuppies, les streumons (blancs), tout ça n'est pas inintéressant.
  • Sinon, sur les effets spéciaux, j'ai presque moins tiqué sur les streumons, pourtant assez loupés, que sur les animaux, visiblement cocaïnés jusqu'à la moelle. Apparemment, à Hollywood, ils n'ont donc pas passé les dimanches après-midi de leur enfance à mater des gazelle se faire boulotter par des lions, avec Dussolier en voix off.
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  • A l'opposé total, le dernier Kechiche. Ainsi donc, L'esquive n'était pas un coup de bol. Pourtant, j'ai eu très peur au début de La graine et le mulet, les trois premiers quart d'heure sont assez lents dans l'installation des personnage et très centrés sur Slimane, qui, erreur de casting ou personnalité voulue par Kechiche, s'avère trop d'un bloc pour laisser prise à l'empathie. Du coup, malgré la sympathie immédiate que la troupe dégage, on a un peu peur de se retrouver face à un mix mal digéré de Ken Loach et de Plus belle la vie mâtinée de dialogues trop longs à la Tarantino.
  • Et puis, les filles déboulent, prennent la place d'assaut, le film perd vite son vernis "docu avec acteurs réels" pour devenir un film, un vrai, où l'on pense à Pialat, à Bergman, à Casavettes, avec une histoire, un suspense, des enjeux, des plans bien filmés, des scènes d'anthologie (le repas de famille, aux dialogues certes un peu faiblards mais avec un pouvoir d'immersion rare ; la crise de la belle-fille, terrible).
  • Et puis ce final, les allers-retours entre la danse du ventre (LE truc impossible à filmer sans tomber dans le cliché, et bah si, c'est possible) et la course désespérée... absolument magistral. Et on a déjà le meilleur espoir féminin, voire plus (mais ça serait très surprenant de voir Cotillard derrière)(et pourtant), avec Hafsia Herzi.

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par boultan publié dans : à voir
Jeudi 20 décembre 2007
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  • Tu noteras, quand même, que j'me retiens, de toutes mes forces, de ne pas commenter les turpitudes néo-grolandaises du premier d'entre-nous.
  • Mais bon, là, en pleine surchauffe des rotatives officielles, c'est difficile de rester imperméable. Après, chacun sa goutte d'eau qui fait déborder le pot de chambre.
  • La visite en Chine avec sa mère et son fils ainé, présentés officiellement à Jintao (autre grand défenseur des droits de l'homme)(c'est con, Rama Yade n'a pas pu venir, elle avait une épilation du maillot) ?
  • Le show Kadhafi (Rama avait fini les mollets mais on l'a vite renvoyé se faire les aisselles)(à moins qu'il ne s'agisse simplement de se créer sa propre opposition avec un collier étrangleur autour)(mais j'ai sûrement l'esprit mal tourné) ?
  • Les chaudes félicitations à Poutine (en même temps, faire 99 % en Tchétchénie, ça mérite bien un coup de fil)(d'ailleurs Sarkozy n'était pas le seul, d'autres l'ont félicité comme... euh...)(ah si, y'a aussi le grand démocrate kazakh Nazarbaïev, dont le dernier opposant s'est suicidé avec souplesse de deux balles à bout portant) ?
  • Le double salaire du président, qui a décidé de garder celui de l'Intérieur en plus de son élyséen déjà copieusement regonflé ?
  • Les séances shopping de Rachida pour préparer la séance photo de Pravda-Match en pleine grève des juges (avec l'épisode tragi-comique de Jonnhy Haliday qui la croise chez Dior, appelle Sarkozy pour lui raconter, et s'entend répondre "c'est marrant, moi je déjeune avec Chimène Badi") ?
  • Le 190 m² à Port Royal au prix de mon 50 m² Gare du Nord du responsable gouvernemental des logements sociaux (voire "très sociaux", expression à la mode)(le logement très social étant aux T6 de Port Royal ce que la Quechua monoplace est à la tente de Touareg lybienne, j'imagine) ?
  • Le choix un brin prématuré de la dinde de Noël présidentielle, alors qu'en cherchant un peu y'avait moyen de pécho plus nourissant, plus à sa taille et encore plus clinquant (Britney, si tu nous écoutes) ?
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  • (Tout ça en trois petites semaines)
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  • Et là, ce matin, la goutte d'eau donc : Sarkozy chez le Pape avec... Jean-Marie Bigard.
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  • Alors, toi aussi, t'es content de travailler plus pour payer des vacances romaines à l'auteur du "lâcher de salopes"  ?

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  • Allons à l'Elysée, brûler les vieux
    Et les vieilles, faut bien qu'un jour ils payent
    Le psychopathe qui sommeille en moi se réveille
     
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Lundi 17 décembre 2007
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  • Ultimo s'appelait ainsi parce qu'il avait été le premier enfant.
  • - Et le dernier, avait aussitôt précisé sa mère, dès qu'elle eut repris ses sens après l'accouchement.
    Il fut donc Ultimo, le dernier.
  • Au début, il n'avait pas l'air de l'entendre ainsi. Durant les quatre premières années de sa vie, il se coltina toutes les maladies possibles. Il fut baptisé trois fois : le curé n'arrivait pas à donner l'extrême-onction à une aussi petite chose, avec des yeux pareils : si bien qu'il optait chaque fois pour le baptême, histoire de ne pas repartir sans avoir administré.
  • - Pourra pas lui faire de mal.
  • Et de fait, Ultimo en sortit toujours vivant : petit, sec, blanc comme un linge, mais vivant. Il a le coeur solide, disait son père. Il a du bol, disait sa mère.
  • C'est donc vivant qu'à l'âge de sept ans et quatre mois, en novembre 1904, son père l'emmena dans l'étable, lui désigna les vingt-six Fassones du Piémont qui étaient toute sa richesse, et l'informa qu'il ne fallait pas encore en parler à sa maman, mais qu'ils allaient s'en débarasser, une fois pour toutes, de cette montagne de merde.
  • Il fit un grand geste, plutôt solennel, qui embrassait la pièce toute entière, sombre et nauséabonde. Puis, très lentement, il scanda :
  • - Garage Libero Parri.
    Libero Parri, c'était son nom. Garage, c'était un mot français qu'Ultimo n'avait jamais entendu jusque-là. Sur le moment il pensa que ça devait vouloir dire quelque chose comme "élevage" ou à la rigueur "laiterie". Mais la nouveaut", il ne la voyait pas.
  • - On réparera les automobiles, expliqua son père, lapidaire.
  • Ca, en effet, c'était une nouveauté.
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  • - Elles n'existent pas encore, les automobiles, fit remarquer sa mère, quant elle finit par être informée de la chose, un soir au lit, toutes lumières éteintes.
  • - C'est une question de mois et elles existeront, décréta Libero Parri, son mari, en glissant la main sous sa chemise de nuit.
  • - Il y a le petit.
  • - Pas de problème, il y aura du travail pour lui aussi, il apprendra.
  • - Il y a le petit, enlève ta main.
  • - Ah, dit Libero Parri en se rappelant que l'hiver ils dormaient tous dans la même pièce, pour économiser le chauffage.
  • Ils restèrent un moment comme ça, la discussion en pause. Puis ils repartit à la charge.
  • - J'en ai parlé avec Ultimo. Il est d'accord.
  • - Ultimo ?
  • - Oui.
  • - Ultimo est un enfant, il a sept ans, il pèse vingt et un kilo et il a de l'asthme.
  • - Quel rapport, il est spécial, cet enfant.
  • Dans la famille, on pensait que c'était un enfant spécial. A cause de toutes ces maladies, et d'autres histoires difficiles à expliquer.
  • - Tu ne pourrais pas en parler avec le Tarin, plutôt ?
  • - Il comprendrait pas. Il est comme les autres, il ne pense qu'à la terre, la terre et les bêtes, il me dirait que je suis fou.
  • - Il aurait peut-être raison.
  • - Non, il n'aurait pas raison.
  • - Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
  • - Il est de Trezzate.
  • Dans le coin, c'était un argument imparable.
  • - Alors parles-en au curé.
  • Si Libera Parri n'était pas athée, ni socialiste, c'était par manque de temps. Il s'agissait de trouver une ou deux heures pour s'informer un peu, et il le deviendrait. En attendant, il détestait les curés.
  • - D'autres conseils ? demanda-t-il.
  • - Je plaisantais.
  • - Non, tu ne plaisantais pas.
  • - Je te jure que je plaisantais -, et elle allongea la main vers le pantalon de son mari. C'était quelque chose qu'elle aimait bien.
  • - Le petit, marmonna Libero Parri.
  • - Fais comme si de rien n'était, suggéra-t-elle.
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  • Elle s'appelait Florence. Son père était un Français qui avait tourné pendant des années dans toute l'Italie en vendant une chaussure de son invention. En fait, c'était une chaussure normale mais à laquelle on pouvait ajouter, si besoin était, un talon. Tu pouvais le mettre et l'enlever grâce à un systèmes très commode de tendeurs. L'avantage c'était qu'avec une seule paire de chaussures tu en avais deux, une pour le travail et une pour le soir. Des inconvénients, selon lui, il n'y en avait pas. Un jour il était allé à Florence, et il en était resté comme envoûté. C'est pourquoi il avait donné ce prénom-là à sa première fille. A Rome aussi, d'ailleurs, il avait pris du bon temps : si bien que son fils aîné il l'avait appelé Roméo. Du coup il avait viré shakespearien et depuis lors ce n'étaient plus que des Juliette, Richard et autres noms du même acabit.
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par boultan publié dans : à lire
 
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