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15 juin 2005 3 15 /06 /juin /2005 00:00

T'es là, assis, tranquille, dans ton repère, pépère.

En train de penser à cette soirée, à cette nuit, à ce matin, avec le demi-sourire cotonneux qui sied à cette heure ô combien aubinale (ie 10:35am sur le fuseau légèrement décalé de l'assimilé-cadre parisien intra-muros).

Songeant qu'une véritable sociologie des toilettes d'entreprise restent à écrire. Bon, il y a bien eu des essais dans Ally Mac Beal, mais qui se limitent malheureusement à des gesticulations vaudevilesques de jambes soufreteuses entre deux portes battantes, avec Vonda Shepard beuglant en bruit de fond, en plus.

Et puis, il faut voir la vérité en face, ta voisine de bureau ressemble davantage à Chow Yun-Fat qu'à Lucy Liu, d'où, j'imagine, ton empressement très limité à demander lors des dernières réunions du CE le lancement d'un happening "toilettes mixtes" digne de ce nom au sein du septième étage de l'immeuble, entre la compta et service du personnel.

Bref, tu médites à des choses sacrément importantes.

Et là, soudain, ce bruit.

Chttchoouuuuuuuuufffff.

La première fois, t'as cru à un collègue vaguement attardé qui soulagerait sa vessie dans une pissotière contigüe en imitant le côté obscur de la trachéite d'Anakin.

Mais non.

Chttchoouuuuuuuuufffff.

Ou alors, c'est la stagiaire qui s'est assise sur le rebord de l'évier en carrelage et qui fait ventouse. Vu le gabarit tout à fait poméranien du type qui vient la chercher le soir en Ford Transit, la chose semble parfaitement plausible.

Mais non.

Chttchoouuuuuuuuufffff.

Et là, tu sens comme une présence. Le bruit vient du confinement de la pièce. L'ennemi invisible est tapi dans la place forte. Tu sens déjà son odeur pestilentielle, qui rappelle un peu celle des pelotes de poils et d'herbe à chat prédigérées que ton soi-disant compagnon à quatre pattes aime à disséminer dans les endroits les plus inaccessibles de ton appartement biscornu ("original" disait l'annonce). Bientôt, cette infection semble t'envelopper d'un halo nauséabond, faisant disparaitre, selon le jour, l'odeur amicale d'un épiderme étranger, le parfum de cette eau de toilette offerte par ta mère à Noël et qui se trouve être également celle de ton père (ce qui amuse beaucoup ton psy), ou simplement la non-odeur de l'après-douche matinale qui n'aurait pas encore cédé la place à la tiédeur un peu rance de cette putain de climatisation dont les filtres ont été changés pour la dernière fois sous Pompidou et qui prend son aspiration directement sur le périphérique.

Bref, ça schlingue.

Et, soudain, l'ennemi est là.

Devant tes yeux, qui s'étaient levé vers le ciel dans un reflexe judéo-chrétien mal refoulé, ou alors telles les mirettes de Bruce ligoté sur sa chaise dans l'armée des douze singes, c'est selon, ce blog est multi-confessionnel.

Et là, enfin, tu visualises la chose, qui a pris la forme apparemment innofensive (mais on ne te la fait pas, ça non !) d'une boîte en plastique rigide, d'une couleur, disons, crémasse, fixée à deux mètres de hauteur, et dont l'orifice crachotant fait face à l'émail légèrement jauni qui constitue la pièce maitresse de ce lieu d'aisance. Dans une perspective freudienne, c'est l'Armageddon.

Ces salauds des Services Généraux ont installé en douce des pschi-pschitteurs désodorisants dans les chiottes. Des saloperies qui vaporisent à intervalle parfaitement régulière leur pestilence musquée sur ton petit corps surpris dans sa plus grande vulnérabilité.

Tu tressaute même en remarquant soudain la recharge "Country Club" posée comme une menace sur le dévidoir à PQ, et qui arbore une splendide illustration de golfeur lancé dans un swing majestueux - une posture pourtant peu commune dans le huit-clos des wawas.

Ca y est. On y est.

Le fin du fin : la synergie corporate par l'odorat. De quoi reconnaitre un collègue à vingt mètre les yeux bandés au milieu du salon de l'Agriculture.

'M'est avis qu'ils en profitent même pour bromurer tout ce petit monde, les salauds.

Bientôt les code-barres, pour sûr, rien ne les arrêtera.

Et comme par hasard, tout ça seulement quelques jours après le retour de Sarkosy.

Voilà, il fallait que le monde sache.

 

En plus y'a presque plus de papier.
 

 

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Published by boultan - dans à vivre
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commentaires

peekaboo 16/06/2005 15:38

ici, c'est pamplemousse chimique ! ça change de l'odeur de pinède "forêt nordique" du mois dernier... j'espère que tu auras le plaisir de tester aussi toutes les fragrances de la gamme proposée par l'entreprise chargée du nettoyage de tes locaux !!!

PALNICHONNE 15/06/2005 23:43

Je me disais aussi Boubou ...pourquoi cette quasi impossiblité à te faire un bisou...le répulsif anti-poux, voilà ce que tu me rapelles.Ce qui sous entend que j'en serais un?Je sors...

live forever 15/06/2005 21:45

tu découvres ça maintenant toi? c'est arrivé avec le premier passage de sarko chez nous. et dans la foulée, ils ont remplacé les badges d'accès par l'empreinte digitale pour ouvrir la porte de l'étage, en nous précisant que, bientôt, ce serait notre oeil qui allait être scanné. si c'est pas formidable la nouvelle technologie!