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20 juin 2005 1 20 /06 /juin /2005 00:00

On vit alors le château ressusciter soudain de toutes les chaleurs de toutes les femmes... Il y en avait des vieilles, avec des seins par terre et des yeux plus d'ici. Des vieilles trébuchantes et froissées, fléchissant vers la terre pour bientôt s'y répandre. Des vieilles à la colonne cassée d'avoir trop donné de coups de reins pour avaler des hommes. Des vieilles qui avaient porté des petits fort précieux qui sont morts en voiture ou commerçants douteux. Des vieilles qui s'assoient sur leur seuil aux plus chauds soirs d'été pour guetter leur dernier hiver en regardant tomber les feuilles rouges s'égouttant des troncs secs, une à une, à gouttes silencieuses comme leur vie qui fuit. Des vieilles oubliées que leur homme a quittées voilà huit ans, en vertu des statistiques officielles, et pour nourrir les cardiologues.

Et les jeunes aux seins durs, qui marchent large et leurs yeux droits devant. Leurs dents sont pour les pommes et leur ventre plat. Elles sont la seule raison du monde parce qu'elles ont le droit de vie et la force d'éclore dont le roquet couillu qui les grimpe n'est qu'un vecteur interchangeable.

Et des petites filles aussi, qui rient comme des ruisseaux, qui sautent à la marelle avec des grâces que la danseuse étoile ne saura plus revivre, qui chantent en cristal et qui s'ennuient déjà poliment avec les fusils de la guerre pour de rire.

Des femmes en somme.

 

 

Comme Allah, Manitou et Bornand, Desproges est grand, c'est un fait. Mais sa tendance à contrepéter, métaphorer et jeux-de-moter, outre qu'elle a été reprise par quantités d'auteurs (et de blogueurs) infiniment moins doués que lui, nuit parfois à sa prose. Qui, lorsqu'elle s'assume limpide et directe et ne cherche plus à faire rimer carabistouille avec ratatouille, prend une dimension supérieure. Et des airs de déjà-classique. La simplicité juste et élégante - le plus rare, en littérature et ailleurs. Comme dans Des femmes qui tombent, roman science-fictio-policio-limousin paraphé de ces mots :

Après avoir lu ce livre, mon éditeur, ma soeur et ma femme me demandent pourquoi l'aubergiste Gilberte a la tête enfermée dans un sac plastique, au moment où son corps pendu est découvert dans le cellier. Je réponds que je n'en sais rien. Peut-être s'agit-il d'un ultime geste de coquetterie assez compréhensible de la part d'une femme qu'on devine accorte mais pudique et qui aurait jugé inconvenant de montrer une langue pendante au premier découvreur de cadavre venu ?

Mais peut-être pas.

C'est un mystère.

Il faut parfois laisser traîner des mystères à la sortie des livres.

Aux derniers chants de l'Odyssée, qui célèbre le retour à Ithaque, l'auteur n'évite-t-il pas, et avec quelle délicatesse, de s'étendre sur la surprise d'Ulysse décelant une odeur d'after-shave au fond du lit conjugal enfin retrouvé ?

Le lecteur aura compris que ce livre, Des femmes qui tombent, est en réalité un humble mais profond hommage rendu à Homère et à sa cécité.

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Published by boultan - dans à lire
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commentaires

ph& 20/06/2005 17:36

merci j'ai eu ma dose

boultan 20/06/2005 16:17

Des doigts de fée, des pieds de Ph&, quoi de plus logique
(profitez, demain c'est l'été, j'insulte tout le monde)

ph& 20/06/2005 16:08

ouch! m'ssieu heureusement qu'il me reste les pieds pour pleurer....
décidément...

boultan 20/06/2005 14:53

xxl : pareillement :-)

xxl 20/06/2005 13:27

Oui mais surtout, on peut regretter qu’il n’en ait pas terminé un seul, mister Boubou (jolie note, à part ça, hein, comme d’hab… Je commente pas souvent, mais je lis tout)