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19 août 2007 7 19 /08 /août /2007 13:21
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  • Avant qu'on ne se séparât, le Supérieur de la maison s'avança devant l'autel. Lui aussi il savait les désarrois de là-haut, l'acceptation pleine de protestations douloureuses, tous les départs sans adieux...
  • Il parla. Et quand il dit la Fête de ce jour, et que tous ces corps ressuciteraient, comme dit Saint Augustin, "parce qu'ils étaient beaux", renaîtraient tels que ceux qui étaient là les voyaient hier, dans ces jardins, dans ces cours, sous ces porches, lorsqu'ils pressaient dans leurs bras leur jeunesse, alors en bas, au fond de la chapelle, les femmes se mirent à palpiter et à pleurer. Elles palpitaient, et pleuraient, et mouraient, et vivaient. Elles revoyaient les sourires, les taches de rousseur, les petits gestes qu'ils avaient pris d'elles et qui allaient vivre pour l'éternité (tout cela, tout cela, elles qui n'espéraient que dans leurs souvenirs). Elles ne prenaient pas garde que celui qui parlait, à mesure qu'il parlait son corps disparaissait, on ne voyait plus que son front et les étincelles qui sortaient de sa bouche : tous étaient tournés vers les triomphateurs de la mort, qui brûlaient comme sur un bûcher. Eux aussi voyaient justifiés par cette parole bien de faibles instants de leur vie. Leur croyance n'était plus le blême instinct qui fonctionne sous les obus, l'aveugle besoin de s'accrocher à n'importe quelle protection mystérieuse, c'était la certitude attestée par un gonflement du coeur, et chacun, saluant le risque d'être dupe, se perdait dans la Vie meilleure avec un consentement enivré.
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    (Henry de Montherlant, La relève du matin - Pâques de guerre au collège)
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Published by boultan - dans à lire
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commentaires

dragibus 21/09/2007 13:18

quitte à écrire pour dire du bien autant le faire là il y a des trous dans les commentaires ainsi ça fait un blog plus équilibré ...