Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 19:14

 
 
 
C'est étrange d'avoir autant détesté une ville, où l'on a grandi, où l'on étouffait, et de devoir admettre, ensuite, après tout (ou partie du moins), qu'on y a non pas des racines, je ne suis pas un arbre, mais enfin, tout de même, quelques secrets cachés dans les ruelles, de la gomme de souliers sur le bitume, des rêves d'ailleurs si ancrés ici (je préfère encore être un bateau).
Cette ville est vieille, le pas s'y alourdit d'une torpeur pouilleuse, d'où le nom, Champagne pouilleuse, quel joli nom au fond, la vérité est toujours dans la contradiction. Il y a même des chevaux qui promènent en plein centre sans que cela ralentisse vraiment les automobiles - en même temps, quitte à, mieux vaut une calèche fatiguée qu'un de ces abominables petits trains à touristes.
La cathédrale est trop hautaine, St Urbain trop triste, St Pantaléon je n'ai jamais trouvé l'entrée, les autres innombrables se ressemblent, ma préférée reste Ste Madeleine et son jubé de dentelle et puis bon sang mais c'est bien sûr, la madeleine.
A chaque fois j'ai un peu l'impression de revenir visiter une vieille tante qui enfant m'aurait gâté de friandises et que j'aurais délaissé ensuite, sénile et barbante, j'ai un peu honte je crois alors je n'y amène personne, jamais, ou presque, juste une fois, ça m'avait ému au-delà du raisonnable, au-delà des mots en tout cas et des souvenirs racontés hors cadre, de montrer ces pierres, maladroitement, je suis très mauvais guide touristique, pardon.
Comme la ville est morte seul survit le commerce, c'est un paradis pour agences bancaires et pour coiffeurs contrepéteurs, les billets tournent en vase clos pour raconter une fable d'avenir.
Quand tu vas en ville quelqu'un t'a vu, forcément, on te le dit ensuite, sans intention de nuire mais enfin on te le dit quand même, "tiens machin a cru t'apercevoir rue bidule", toujours, en chaque habitant sommeille une caméra de surveillance, tout le monde te connait, d'ailleurs tout le monde est cousin.
Ils ont rendus aux maisons à pans de bois de la grande rue leurs vives couleurs d'antan mais ça ne fonctionne pas, la grande rue ressemble désormais à un vieux tapin trop fardé qui fait sa jeunette malgré ses varices.
Le très petit et très beau musée d'art moderne était fermé, la Fnac était bondée.
Mélange incroyable (je le réalise aujourd'hui) de gothique flamboyant, de torchis délabré et de briquettes ouvrières, la ville se vide à mesure que d'effroyables banlieues pavillonnaires s'étendent au dehors, un cas d'école de crime urbain.
Dans la forêt du Grand Orient, des énergumènes munis de poêles électroniques fort coûteuses cherchent encore le trésor des Templiers supposément enfoui au pied d'un grand chêne, au coeur de l'Ordre, là où furent inventés simultanément les clubs de vacances, les banques multinationales et le droit d'ingérence.
On a parlé héritage, pas le mien évidemment, mais du mien j'ai quand même arraché de haute lutte la plus belle pièce, un porte-clé Pastis Duval du grand-père marqué au dos de l'adresse de son épicerie et de "téléphone : 38".
Ca me suffit largement, vite, le train, vers de nouvelles aventures.

 
 
 
  
http://boulyzekid.free.fr/blog/P1000121.jpg

 

Partager cet article

Repost 0
Published by boultan - dans à vivre
commenter cet article

commentaires

boultan 31/12/2009 12:14


Ah non mais Rethel c'est plus la Champagne pouilleuse, c'est déjà les Ardennes, patrie du marcassin et du fait divers rural. Aussi pourri, mais différent.


ltm85 31/12/2009 00:23


Ah bin zut, l'avais raté celui-là. La champagne pouilleuse...je n'ai plus de raison d'y aller mais ça ne me manque pas. Faut dire que Rethel n'a pas de maisons à pans de bois, mais niveau ambiance
caméras de surveillance, c'est tout pareil. Brrr.