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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 00:00

 
 
 
Ca m'a paru comme une évidence, je lui ai dit "Croix de Chavaux" et je n'allais pas aller plus loin en tacot pas juste devant ma porte, je voulais la trainer la valise, la sentir dans mon bras, pas souffrir, non, juste la sentir physiquement aussi, boucler la boucle et puis la planquer dans la buanderie jusqu'à demain, demain il fera jour.
A l'aller ça piaillait trop, au retour j'ai pu lire Personne de Gwenaëlle Aubry, exercice testamentaire exigeant et assez impressionnant, et quelques fulgurances aussi, sur le deuil - mais pas que.

 
"C'est seulement quand je me suis penchée pour déposer un baiser sur son front, tiède encore, lisse, et apaisé, que la petite en moi s'est réveillée, que son corps d'enfant a tressailli, et avec lui l'empreinte très ancienne, très profonde, muette et fidèle, de ce corps à ses côtés, de ces bras qui l'avaient portée, bercée, des épaules où elle se blotissait, de la main qui, au coucher, traçait des signes magiques sur son front pour l'accompagner dans le sommeil, pour la protéger de la nuit, ce corps d'enfant en un éclair ressuscité, en un éclair anéanti, arraché, extirpé, avec celui qui lui avait donné la vie, la laissant, elle, l'adulte, plus creuse et plus vide qu'une jeune accouchée. Folie de la mort, folie du corps qui demeure, échoué, dans une présence opaque et obstinée, stèle gravée de signes devenus à jamais insensés, folie de cet écartèlement entre présence et absence, et des jours qui ont suivi où je le sentais là, inquiet, pesant, couché dans une chambre froide sur les quais de Seine, retenu sur la rive, entravé dans son désir, ce grand désir qui était le sien depuis si longtemps, de néant, oui, à cela j'aurais préféré l'anéantissement, le vide fulgurant, un naufrage corps et biens, tout plutôt que ce lieu incertain, ce clair-obscur où j'errais avec lui qui n'était plus tout à fait mort tandis que je n'étais plus vraiment vivante, il a fallu de longs jours encore pour que l'on m'autorise, par un matin radieux de printemps, à déposer auprès de ce corps couché sous un drap qu'on m'avait exhorthée à ne pas soulever des dessins d'enfant, des voiliers de bois, un bouquet de narcisses, pour tracer à mon tour, sur son front voilé, les signes magiques qui l'accompagneraient dans la nuit, attendre, encore, dans une petite pièce qui ouvrait sur le fleuve, en compagnie de femmes arabes enveloppées d'étoffes multicolores qui pleuraient un fils, une mort jumelle, puis, assise à ses côtés, traverser la ville, la ville bruissante et vive que je regardais défiler derrière les vitres teintées du corbillard comme si j'allais, avec lui, à jamais la quitter, de longs jours encore, des années, pour que les signes se raniment, changent l'absence en mémoire, le naufrage en trésor, voilent ce front opaque, ce corps sans tombe ni repos, sous un linceul de mots, qu'il lui soit léger."

 
 
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Published by boultan - dans à vivre
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commentaires

phédia 24/12/2009 03:43


wè on le sait que tu ne peux pas écrire "hahaha "


boultan 22/12/2009 19:42


voilà, c'est le fameux effet Joy Division, un bon gros rappel de relativité


Benrouf 22/12/2009 18:52


Tiens, ça va vachement bien moi tout à coup


boultan 22/12/2009 11:25



j'économise pour rajouter "very" juste avant, c'est mon projet pour 2010


 



annak 22/12/2009 10:36


Well...