- Alors, chef-d'oeuvre ou pas ?
- Chef de l'oeuvre d'Eastwood, peut-être. Accomplissement du style fait de justesse, de suggestion. Mine de rien, Clint choisit régulièrement des sujets casse-gueule au possible et parvient à éviter les chausse-trappes avec maestria. Là, la boxeuse n'est pas violée par ses petits camarades de gymnase, ne tombe pas amoureuse de l'entraineur-septuagénaire-mais-qui-dégage-une-telle-aura, ne devient pas championne planétaire avant de sombrer dans la drogue... Seule sa famille n'échappe pas à la caricature, mais pour eux on sent que Clint s'est vraiment fait plaisir
- Ca reste très mélo non ?
- Et alors ? C'est pas une insulte non plus, quand c'est bien fait. Il est bien parvenu à limiter le pathos de Meryl Streep et le cabotinage de Tommy Lee Jones... Le vrai choc dans Million Dollar Baby, c'est que Clint pleure. A chaudes larmes, le visage dans les mains. Et là, t'as toute ton enfance, passée à aduler le cowboy impassible en poncho, qui te saute à la gueule : tu prends quelques années d'un coup, et Clint aussi d'ailleurs, qui balance cette scène comme pour dire "si je claque demain, je l'aurais faite, au moins".
- Et dans la salle ?
- M'en parle pas, que des couples, ça papote pendant le film et ca se démonte les mandibules dès le générique de fin. Vivement qu'elle bosse un peu moins, j'en ai marre d'aller au cinoche tout seul, je m'aigris à vue d'oeil.











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