(Résumé des épisodes précédents
Ce traité de constitution-qui-n'en-est-pas-une est un mauvais traité, mais moins mauvais que ceux d'avant même s'ils resteront en vigueur quoiqu'on vote. D'un côté, les oui-oui, qui estiment que les pouièmes d'avancées sont toujours ça de pris, que les non-non n'ont rien compris, qu'on va encore nous prendre pour des grandes gueules. De l'autre, les non-non, à qui déplaisent fortement des points capitaux du texte, qui en ont marre de se faire traiter de con-con par les oui-oui et qui pensent possible une remise à plat du texte en fonction de leurs desiderata bigarrés. Entre les deux, les peut-être, qu'en ont marre du chômage, qu'ont peur des turcs ou qui pensent qu'un autre monde est possible, alors une autre Europe, pensez donc.
Episode 27 : El Chi, européen de toujours
- "N'ayez pas peur !" exhorte le patriarche, mort de trouille face à ces jeunes qui n'hésitent pas à lui couper la parole. "Vive l'Europe !" continue cette anti-européen convaincu, seulement contraint de tourner casaque pour obtenir son pied-à-terre sur les Champs. "Avec l'Europe, combattons le libéralisme !" termine le représentant le plus illustre du plus grand parti libéral de France, qu'il a créé de toutes pièces. Au sortir du studio, les non-non ont presque des remords d'avoir embêter ce vieux monsieur, les oui-oui s'échangent des regards anxieux, les peut-être regardent le ciel et prévoient encore un temps pourri pour demain.)

- Disons que c'est pas que je l'ai trouvé bon Chirac, mais je l'ai trouvé meilleur que le concept et le déroulement de l'émission. Après, qu'il se fasse passer pour un pourfendeur du libéralisme à l'anglo-saxonne, j'espère que plus personne n'est dupe. On peut tromper une personne mille fois, mais on ne peut pas tromper mille personnes... euh... non, on peut tromper mille personne mille fois, mais... euh...
- Et puis, depuis quand une constitution se devrait de comporter des éléments de politiques économiques? Qu'elles soit libérale, libérale/sociale ou communiste n'est pas vraiment le problème. Qu'elle aille plus loin que définir le cadre de la vie politique au sein des institutions est en soit déjà une erreur.
- La pilule libéral, il faut bien comprendre que c'est ce qu'on a pour l'instant, et que l'Europe s'est construite comme cela : un marché économique commun, dans lequel on abolit les frontières. Donc supprimer l'aspect libéral et construire une Europe politique revient à effacer ce qu'on a fait depuis 50 ans et à créer quelquechose de nouveau ex nihilo. Je rappelle de plus que ce n'est pas une Constitution, vu qu'il n'y a pas création d'un état. C'est un traité interétatique, réglementant une structure à nulle autre pareille, dépassant le simple cadre d'une zone d'échange économique, n'allant pas jusqu'à une confédération et encore moins une fédération, un OVNI sans comparaison dans l'histoire contemporaine.
- Des pays ont dit non à Maastricht, ils n'ont pas été mis au ban de l'Europe pour autant. Le Royaume-Uni fout le dawa depuis des années, on ne peut pas dire qu'il pèse moins dans les débats, bien au contraire. Français et Allemands se sont torchés avec le pacte de stabilité, il a été remanié. Si la France dit non au TECE, il sera remanié et vidé de sa substance économique, principal point d'achoppement - quand bien même cette substance, résultante des anciens traités, continuerait de s'appliquer durant quelques années, elle ne serait pas gravée dans le marbre. Il faut arrêter de penser qu'on ne pourra jamais revenir sur des traités commerciaux vieux de plusieurs décennies. D'autre part, si jamais un non français créait un séisme politique et stoppait tout progrès européen à long terme, il n'y aurait peut-être pas grand chose à regretter devant une structure aussi fragile. Un peu comme si la cinquième république avait implosé à la première cohabitation.
- En fait je suis prêt à accepter n'importe quelle constitution pour l'UE tant le fait d'avoir une constitution - démocratique cela va de soi- pour l'UE est plus important que son contenu. La démocratie est basée sur trois piliers :
1) le choix par les citoyens de la politique economique, buidgetaire, judiciaire, etrangere, etc...
2) selon le principe majoritaire
3) où un homme = une voix
Or ce projet de constitution ne respecte aucun de ces trois piliers !
Que la politique soit ultra-libérale, libérale, libéral-sociale, social-libérale, social-démocrate ou collectiviste doit être déterminé par le résultat des élections. Si la constitution ne le permet pas -et elle ne le permet pas- ce n'est pas démocratique (et, à vrai dire, ce n'est, alors, même pas une constitution !).
Un Espagnol doit valoir autant qu'un Danois qui doit valoir autant qu'un Français qui doit valoir autant qu'un Slovène. Un homme, une voix, qu'il soit riche ou pauvre, noir ou blanc, Luxembourgeois ou Allemand. Or dans l'instance décisionnaire de l'UE un citoyen luxembourgeois est 80 fois plus représenté qu'un citoyen allemand. Ce n'est pas démocratique.
Une constitution est la loi fondamentale. Comme toute loi elle doit pouvoir être modifiée selon le principe majoritaire. La plupart des constitutions demandent une majorité qualifiée des parlementaires pour cela (ou une majorité des citoyens directement consultés). Mais ce projet de constitution pour l'UE exige une unanimité totale. Ce n'est pas démocratique.
- On fait quoi alors, en cas de non ?
- Le président de la République, qui est celui qui a décidé de laisser au peuple le choix de ratifier ou non le TECE, a annoncé qu'il resterait en place en cas de non ratification.
Or la constitution française stipule que le Président de la République négocie les traités. Donc en cas de non ratification de ce traité, il reviendra donc à Jacques Chirac de décider de ce qu'il conviendra de faire. Genre, signer un nouveau traité par lequel les Etats-membres décideraient de faire élire aux citoyens européens une assemblée constituante qui élaborerait un projet de constitution (dans des limites fixées par le traité) qui serait ensuite ratifié par ces mêmes citoyens européens.
- Euh, ça peut marcher, ça ?
- Bof... Charybde, Scylla, tout ça...

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