Déserté, le rade...Marrant...Pas que le rade soit vide, non. Marrant cette persistance rétinienne, qui fait voir à la môme des scènes antérieures à son arrivée...Elle croyait avoir vu Makhno, pire, croyait avoir entendu les Ramones, mais l'impression passée, a dû se rendre à l'évidence: personne ici. Fouillant les poches de son jean's, exercice délicat quand le jean's est serré à ce point, elle en extrait un seul petit euro luisant. Une chanson. Bonne idée, ça, les Ramones.
wanetoutriphore!!!!!
La pièce avalée, la machine lui fait un show lumière. Lance le son
standing here in front of the mirror
its gonna be all right tonight
feelin hot yeah I'm on fire
I'm never ever goin to tire
La persistance rétinienne - pas d'autre mot pour cet étrange phénomène, peut-être dû à l'installation d'une trappe spatio-temporelle - perdure. Des gens vont et viennent, certains sont attablés, d'autres accoudés, des filles agenouillées, des gars étalés...Non, c'est pas la faille, c'est le gâtal, se dit la môme... A une table, ça gueule sec. Clipso tend l'oreille, pas encore pointue, mais déjà verdâtre. Le son lui parvient, des Ramones et des barbants
tonight it's gonna be alright
chasing the night
its gonna be alright
chasing the night
its gonna be alright
chasing the night
A une autre table, d'aucuns écrivent un polar inspiré. Mort d'un journaliste. Une affaire sensible, des services secrets, une femme, les sables du désert. Une chute. Hey Ho, let's go !
Rock all night
sleep all day
it don't matter what they say
ain't never gonna change my ways
& i won't be back till Monday
Plus loin, une blonde tape du poing sur la table. Ca discute sec, mais poli. De vraies divergences, pas d'insultes. Ca cause spectacle, femmes enceintes, acteurs et actrices richissimes, privilèges, gestion étatique de la culture...Quelques journaux, quelques coupures sur la table. Un vieux recueil de contributions. Nostalgie. Hey ho ! Let's go !
feelin exasperating
excitement generating
I'm never ever gonna tire
city is overloading
the circuits are exploding
ain't comin down, no I'm too wired
L'hallu disparaît lentement. Le rade retrouve son allure de nuit. Formica noir, cercles blanchâtres, personne n'a passé l'éponge. La môme décide de faire un effort. Faut vraiment qu'elle soit dans un état second, ce soir. Personne sur les banquettes de moleskine, rouge, forcément. Un vieux fanion oublié avec une corne de brume. Deux verres de jus de fraise non entamés. Paris est plein de boulevards et d'histoires nulles et non avenues.
WE'RE OUTTA HERE TONIGHT!!!!!

Comatant comme il se doit - il a dû rester à l'heure de San Francisco à force d'y aller - Bouly pénetre dans le bar de bon matin. Eclipse bavant une substance verdâtre sur la moleskine, Leeloo qui flotte dans un Mojito telle une Mena Suvari échelle 1/20ème au milieu des pétales de roses, Mack sifflote "I hear Ramona sing/And I hear everything" dans un demi-sommeil, Mary coince la bulle sous un étrange masque capillaire strawberry : tout a l'air normal, luxure, calme et volutes bleutées.
- Bon bah j'vais m'le faire tout seul mon kawa-calva...
- Pfouuu, ça sent le fauve ici ! Ils organisent une séance "naturisme et abblutions" à la piscine municipale. C'est à deux pas. On pourra mettre plein de produits moussants et de sels de bain dans le grand bassin. Qui en est ?
- Moi je suis Avy ! (de suivre, hein...) J'ai besoin de ma bouée canard ou les sels nous feront flotter ?
- Toi, tu auras le droit de venir boire un drink sur mon bar gonflable.
- J'prendrai un long drink à l'anis, alors.
- Hum... Nan j'ai pas rougi ! C'est l'soleil. Heu, par contre, évite les talons aiguille, parce que le bar gonflable, il aime pas trop.
(rideau)