Evidemment, ce n'est pas un film sur la pilosité faciale masculine, ni même sur la folie douce, mais bien sur le couple. Sauf à considérer "folie douce" comme une bonne définition du couple. Ce qui n'est pas idiot, on en conviendra. Bref. La Moustache, donc, petit film français assez osé, très vaguement lynchien, qui souffre d'incohérences et finit par se perdre un peu dans les méandres de Hong-Kong en un remake foireux de Lost in translation (chambre d'hotel, mégapole labyrinthe, décalage spatio-temporel). Dommage, Lindon est très bon (dans un rôle, il faut le dire, taillé sur mesure), et Devos, mal servie par des réparties peu vraisemblables, reste discrète juste ce qu'il faut. Manque, sinon une morale, du moins une fin digne de ce nom, pour que tout cela ne semble pas, au bout du compte, assez vain. Musique de Philip Glass, quand même. Mais décors à chier, un loft gigantesque transformé en chambre mortuaire par quelque maniaco-depressive (la même qui habillait Jospin en 2002, à coup sûr) dont la palette de couleurs va du gris sombre au marron foncé. Qu'on se le dise, les intérieurs bourgeois rutilants et tape-à-l'oeil des films dramatiques français des années 70 ont été remplacés par des intérieurs bourgeois co-sponsorisés par Ligne Roset et les PFG - pas sûr qu'on y ait gagné au change.
Alors évidemment, quand on remate Eternal Sunshine of the spotless mind quelques jours après, ça soutient difficilement la comparaison... J'ai peur pour Gondry, je ne sais pas comment on peut enchainer après un film pareil. En plus, c'est comme la choucroute et le gant de nouilles, c'est encore meilleur réchauffé. Enfin, c'est ce qu'on m'a dit, parce que moi, le chou, bof...
