J'ai hésité, vraiment.
A te parler de ce slogan qui pollue les couloirs de métro, "Le lire, c'est déjà réagir", à propos du bouquin de Christophe Lambert (non, pas le peroxydé strabique à cervelle de hanneton, le pubard), mais à ce point de prétention et de brassage de vent, je reste interdit.
A disserter sur le marché de Saint-Quentin officiellement devenu un haut lieu de drague pour trentenaires CSP++, avec des commerçants très heureux de pouvoir en douce te coller deux kilos de binje au lieu d'une livre pendant que tu es occupé à reluquer le cul de ta voisine qui mate les fesses de son voisin qui observe les seins de sa voisine qui a les yeux qui crient braguette. D'ailleurs, si quelqu'un veut venir manger des pleines plâtrées de frites à la maison, j'ai du stock.
Ou à te raconter Keane, un film à voir, vraiment, enfin si tu n'as pas d'enfant ET que tu supportes sans vomir une première demi-heure filmée caméra à l'épaule au pas de course. Si tu avais déjà les dents du fond qui baignaient quand tu jouais à Duke Nukem, oublie. Mais sinon, un film vraiment fort, avec un acteur bouleversant, Damian Lewis, et un style qui évoque un peu du Dardenne ricain (pas la grosse poilade de l'année, donc).
Ou à évoquer ce truc de dix minutes qui passe actuellement dans les salles, entre la pub M&M's avec les roumains qui donne envie de hurler "De Villiers maintenant !" et le logo "pirater peut nuire gravement au cinéma surtout que franchement, la place à 11 euros, c'est cadeau". Ce truc, donc - désolé, c'est le mot le plus précis que j'ai trouvé pour le qualifier, à part "merdasse" bien sûr - s'appelle "Romeo & Juliet by David Lachapelle for H&M". C'est une torture mentale, avec juste le bon dosage de mauvais goût, de chanson tarte beuglée par une fille qu'on y voit le fond de sa culotte tellement elle ouvre grand la bouche, d'acteurs ayant appris la comédie avec Samuel Le Bihan et Vanessa Demouy, c'est, c'est... C'est drôle, en fait, la salle est pliée de rire, sauf que je ne suis pas certain que ce soit l'effet recherché.
Mais bon.
Je préfère pas, si ça se trouve, tu t'en fous comme de ta première pollution nocturne.
Si ça se trouve, déjà, ça t'agace prodigieusement que je te tutoie, genre on n'a pas gardé les présidentiables PS ensemble. Je peux comprendre.
Alors, parlons de ce qui importe vraiment.
Ce dimanche, donc, à 19h35 précises, le ciel de Paris arborait un bleu très clair, presque vert aux confins du halo de pollution au-dessus de la Bourse du Commerce, et bleu très foncé de l'autre côté, vers Beaubourg, et entre les deux paressaient de grands nuages rose vif.
Dieu que c'est joli, les derniers ciels de l'été.

(photo : David Titlow)