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Hier je faisais l'aller-retour à Munich (wééééé) via Lyon à l'aller et Paris au retour (yipeee) et, manquant de discernement à 5 h du mat', j'avais
pris comme seul bouquin le procès de Brasillach (fun fun fun). Du coup j'ai eu le temps de lire toute la presse, sans qu'il m'en reste le moindre souvenir, avec une mention
spéciale à un Libé au vide embarrassant. En désespoir de cause j'ouvre La tribune et en deux pages je tombe pêle-mêle sur ça :
(...) Taxe CO2 : en France, seuls les ménages devront pleinement acquitter la taxe carbone. En Europe, 164 secteurs industriels pourraient
échapper au système des droits à polluer payants (...)
(...) des députés UMP veulent réduire de 20 % les crédits de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (...)
(...) Cumul des mandats : une disposition peu connue, instituée en 1992, permet à celui dont le cumul des rémunérations dépasse le plafond de choisir un de ses collègues pour qu'il bénéficie du
surplus (...)
(...) Les derniers chiffres du FMI prévoient des pertes bancaires à venir en Europe supérieures à celles déjà déclarées (...)
J'ai repris Brasillach.
Il y a deux sortes de gens : ceux qui oublient tout en vacances, à commencer par eux-mêmes, et ceux qui partent avec une valise pleine de trucs à ressasser
soigneusement rangés entre les huit slips (prenons l'exemple d'un voyage de huit jours sans risque sanitaire majeur) et les huit bouquins (prenons l'exemple d'un voyage de huit jours dans un
désert culturel).
Je ne crois pas qu'on oublie quoi que ce soit en vacances, c'est juste plus simple de se mentir pendant une semaine à trois mille bornes de la pharmacie où on achète habituellement ses pastilles
contre la constipation.
Ceci dit, je n'ai rien contre le fait de m'oublier de temps à autre. Pas comme si j'étais inoubliable non plus.
Donc, la Grèce : Athènes, d'une laideur rare (quelque part entre une vilaine banlieue italienne et Tirana, j'imagine), des autochtones assez disgracieux qui gardent héroïquement le
sourire malgré la saison estivale qui n'en finit pas, et puis Paros, la mer bleu nuit, les chats, qui pullulent, éflanqués, amochés, consanguins - irrésistibles, le blanc partout, les maisons
cubes de chaux à mi-chemin entre la carte postale désuette et le décor de roman d'anticipation (Tatooine 1920), le thym qui remplace les ronces et les bougainvillés énormes qui crachent
leur fushia jusqu'au troisième étage, la bouffe admirable, une propreté étonnante.
Comme elle dit, l'endroit parfait pour écrire un livre entre septembre et Noël, avec la mine bronzée et un plaid en laine sur les cuisses. Ou pour se suicider à la féta frite.
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