J'en suis resté comme deux ronds de flan, j'avoue. Je demandais simplement à cette malgacho-tunisienne de (mauvaise) rencontre ce que voulaient venir faire
chez moi les techniciens France Télécom, et elle m'a juste balayé d'un revers de manche.
- Ca n'est pas intéressant, ce qui compte c'est que vous en êtes à la dernière étape de réparation de votre ligne. (La dernière étape de réparation de ligne consistant à
enfin se décider à réparer la ligne parce que là, le client, il n'arrête pas d'appeler)
- Oui, ça me fait super plaisir d'en être à la dernière étape, mais ma ligne, elle ne fonctionne pas plus qu'à la première étape, 'voyez, alors j'ai du mal à percevoir la progression
fulgurante de mon dossier, 'voyez. Donc, comme je suis curieux de nature, j'aimerais bien savoir en quoi la venue de techniciens chez moi s'avère indispensable pour résoudre le fait qu'on
a attribué par erreur ma ligne à quelqu'un d'autre au niveau du central situé à trois bornes de chez moi. 'Voyez. Surtout qu'à l'installation de ma ligne, il avait déjà fallu que je parlemente
vingt minutes pour convaincre le technicien d'aller marcher sur la toiture en plastoc du bar d'en bas, au péril de sa vie, pour accéder au boîtier FT judicieusement fixé au mur à un endroit
inatteignable. 'Voyez.
- Ca n'est pas intéressant. Avez-vous d'autres questions ? Nan, je n'avais plus de question à son sujet, j'allais pour tout dire basculer dans un mode de communication plus exclamatif
qu'interrogatif.
Tandis que les agents de France Telecom s'évertuent à venir à toutes les heures du jour et de la nuit EXCEPTEES celles durant lesquelles j'ai spécifié être disponible, je me résigne à
accepter le clé 3G de remplacement dûment prêtée par mon inopérant opérateur.
Je rentre.
Je la branche à mon PC.
'marche pas.
... No surprises de Radiohead dans ma tête.
...
J'appelle la hotline, qui me fait désinstaller et réinstaller le bouzin trois fois, tester tous les ports USB de mon PC, pour conclure au bout de dix minutes "ah mais vous êtes en Ile de France
? Ca ne marche pas en Ile de France ! Le réseau est cassé, on ne sait pas pour combien de temps. Au revoir !"
...
Non, pour une fois la playmo-ministre n'y est pour rien, n'empêche : ma ligne ADSL est en rade, pff. L'avantage, c'est que maintenant je sais dire "mais vous vous foutez de ma gueule" avec tous les accents de hotlines francophones du monde.
En vrai, on a très vaguement regardé la finale, etd'un oeil fort distrait en plus. On a quand même voté Leïla
(enfin on a envoyé un sms à l'audiotel, puis laissé un message au numéro sms, et enfin pris le bouzin dans le bon sens), un peu pour rester dans le thème de la soirée qui était "être une femme
libérée tu sais c'est pas si facile avec tous ces connards" et aussi pour la venger de la haine tenace de l'habilleuse depuis le début de cette saison (le drap tie and die qu'elle
portait sur le premier titre a failli me faire rendre mes noix de cajou sur le tapis multicolore). Soan a gagné, il n'a pas démérité et ça doit être le choix le plus hardcore qu'on
puisse imaginer sur M6 en prime time, m'enfin, on lui souhaite la carrière de Jean-Patrick Capdevielle, sans même trop y croire. Au pire, il pourra postuler comme figurant dans la comédie
musicale inspirée du Nightmare before Christmas ou dans la campagne de lancement du Slim Fast goût 8.6. On aura quand même eu des nouvelles des anciens et ça fait bien bien plaisir,
genre Dalé qui a décroché un concert au Walibi-bi-bi j'en suis ba-ba et Thomas qui a réussi l'épreuve de permanente de son CAP coiffure industrielle. Loin des dédé-défis de plus en
plus lourdingues, le dialogue suréaliste aura eu lieu durant l'after entre Tigane et une intervieweuse typique M6 (ie une brune aux cheveux mi-longs dotée du charisme d'un coco de Paimpol) et
ça donnait à peu près ça :
- Après, dans la manière de comment on dit le texte, j'ai, euh...
- Tu veux dire la diction ?
- Ouais, voilà, dans la diction, bah j'ai bien progressé !
Je remontais l'avenue Thiers avec sous le bras mon petit colis des States qui faisait gling-gling quand on le secouait et qui avait visiblement suscité une vive
curiosité teintée d'inquiétude après du sourcilleux (au propre comme au figuré) employé des postes chargé de sa délivrance quand le faisceau de circonstances me fit enfin réaliser ce que
m'évoquait de manière diffuse et indéterminée ce quartier depuis des mois.
Cette avenue Thiers, large et unidimensionnelle, avec son tram comme une colonne vertebrale et les voitures qui papillonnent autour et, bordant cette circulation aveugle, un galimatias
d'habitations hétéroclites, de commerces suburbiens (le genre d'endroit où "tu peux ramener des huitres et deux pains complets de la station-essence" constitue une demande parfaitement sensée)
et d'usines défoncées promises à une rapide restauration afin de les rendre habitables, généralement par des gens bien trop riches pour ne jamais risquer de travailler en usine mais dont
le cynisme de classe (aussi appelée conscience de gauche) les incite à investir dans ce supplément d'âme qu'une gloire locale enjoignait pourtant à ses débuts de rendre à qui elle
appartenait et qui les déculpabilise de défendre tout un tas de gens avec qui ils ne cohabiteraient pour rien au monde - no offense, j'en suis.
L'avenue Thiers, donc, m'évoque la 1st Street de San José, Californie.
Pour les chanceux qui l'ignoreraient, San José, dixième ville des Etats-Unis, plus grosse que San Francisco, Detroit ou Boston, recence près d'un million d'habitants joyeusement étalés sur un
immense territoire drainé par de chatoyantes autoroutes 8 voies, un ensemble urbain échappé d'un vieux Tim Burton, sans centre comme on l'entend ici (le centre-ville de Vierzon concurrence à
l'aise celui de San José)(et je ne plaisante pas) exceptés quelques shopping malls ventrus disséminés à proximité d'échangeurs gargantuesques dessinés par des fous.
Et ma First Street qui, logiquement, traverse tout ça.
Envoyé par le boulot, à peine débarqué de 15 heures d'avion passés les genoux dans les dents et d'une heure de navette depuis SF, ça a été mon premier contact avec l'Amérique - et j'y suis
revenu si souvent que je me permet de dire : ma First Street.
La première fois donc, c'était en juin, il faisait officiellement dans les 100°F et un peu plus au soleil.
Je sais pas ce que j'avais foutu avec ma carte bleue la semaine d'avant, toujours est-il qu'elle refusait obstinément, malgré moultes injures et suppliques, de me délivrer le moindre liard
local. J'avais donc une semaine à tenir avec 500$ en poche dont 450$ d'hôtel à payer.
Je ne te cache pas qu'à l'arrêt "1st St, San José" de la navette, l'humeur était un peu down. Mais bon, j'étais presque arrivé, j'allais au moins pouvoir dormir un peu au motel.
Je vérifie l'adresse du motel : 4400 North 1st St.
Je regarde où je suis : 560 South 1st St.
J'évalue la distance sur le plan d'une station de tram : 7 bons miles.
Je cherche d'éventuelles voitures et taxis : peau d'zob, dimanche de canicule et play-offs de basket, personne sous le cagnard.
Je raisonne et conclut : attendons le tram.
Je m'assoie.
Un vieux clodo à barbe avec sa boutanche dans un sac en papier remarque ma présence depuis l'autre bout du banc, s'approche tout près et me hurle dessus comme si j'étais sourd alors
qu'évidemment c'est lui qui l'est :
"NO TRAM, THEY'RE ON STRIKE !"
Il se marre.
Je regarde ma grosse valise : une des deux roulettes avait pété dès Roissy.
Une voix dans ma tête commence à chanter "I aaaaaaam caaaalling youuuuu"
Je regarde cette avenue, cette putain d'avenue que j'allais devoir me cogner deux bonnes heures durant sous le cagnard en trainant une valoche boiteuse, cette avenue large comme nos rues sont
longues, absolument rectiligne.
J'ai quand même pris cinq minutes pour discuter le bout de gras avec le clodo aka mon seul ami sur ce continent, qui était charmant d'ailleurs, très très sourd mais charmant, j'ai même
dû fichtrement lutter pour qu'il renonce à me prêter 10 dollars, comme ça, sortis de la grosse liasse roulée en boule dont les ricains adorent rembourrer leurs poches, surtout si ce ne sont que
des billets d'un dollar, ça fait vite un gros paquet rassurant et ils te le sortent recta pour un oui pour un non et ils l'épluchent comme un gros oignon alors que toi, en Europe, à
peine sortis du distributeur tu les planques tes biftons, des fois que les autres sachent que tu en as, vite les cacher, t'es limite aussi flippé que la première fois où t'as acheté
des capotes, maintenant t'en rigoles parce que le pharmacien avait bien vu que c'était la première fois et en avait profité pour t'en refiler des VERTS, l'enculé, sous prétexte qu'il était de
ceux qui acceptaient de les vendre 1F pièce il refourguait des présos VERTS et toi forcément pour ta première fois ça t'a fait tout drôle d'avoir en plus le zboub VERT au moment m, mais bon
aujourd'hui t'as grandi et t'irais acheter tes capotes en sifflotant, mais le fric, non, ça t'es jamais passé, toujours tu l'enfonces dans ta poche à la seconde où il sort de la machine.
Bref.
J'ai remonté la 1st Street.
Depuis les zones où ça parle guère que l'espagnol (et l'espagnol local hein), où les gosses jouent hilares dans la boue sèche devant le mobile home tout en alu privé depus longtemps de ses
roues, jusqu'aux sièges sociaux de fabricants de circuits intégrés qui alignent les M$ comme des puces sur un circuit imprimé, en passant par le City Hall où les encravatés gouvernementaux
croisent les clodos venus pisser dans les chiottes publiques parce que là-bas on les laisse faire, les clodos, faut bien qu'ils pissent aussi.
Toute l'Amérique sur dix kilomètres de long.
Avec, des fois, une voiture qui passe, et tu sens bien que le type se demande en te voyant ce que tu peux bien foutre avec ta valoche parce que les piétons, ça n'existe pas vraiment là-bas, où
alors ils boivent sur un banc puis pissent à la mairie, et donc les automobilistes ils sont un peu interloqués quand ils te croisent, et toi aussi parce qu'au fond t'aimerais bien qu'on
t'avance un peu sur ce chemin de Damas mais ils ont quand même de drôles de gueules pas jojo et t'es bientôt arrivé alors merde.
Arrivé devant le motel dans un état proche de l'Ohio (moi hein)(le motel aussi, remarque), j'ai trouvé que c'était le plus beau du monde quand même parce que dedans y'avait un lit pour moi et
une douche et peut-être même une clim' ultra-bruyante mais on s'en fout de la planète et on la règle à fond jusqu'a en attraper une bronchite s'il le faut.
C'est que j'avais traversé les Etats-Unis moi !
(Après, j'ai passé la semaine à suivre une conférence qui n'offrait que le déjeuner mais où je piquais un max de trucs à manger et à boire pour le diner et le petit-dèj')
(J'ai pris trois kilos sans dépenser un centime en bouffe)
(Mes 50 dollars de rab' sont passés dans l'aller-retour jusqu'à Frisco en Caltrain - un train entièrement en métal traversant le nord de la Californie et transformé l'été en four à roulettes
pour touristes inonscients et commuters désargentés -, dans une paire de Levis-qui-coûtent-rien-là-bas et dans le KidA de Radiohead qui sortait cette semaine-là à moins que je l'ai piqué au
Sony Metreon, c'est possible, avec cette espèce d'inconscience qui te transforme en kleptomane dès que tu quittes le territoire national)
(J'écoutais Pyramid Song en dépassant Union Square pour remonter droit sur les quais, et quand j'ai débouché sur la baie c'était encore Pyramid Song)
(Je suis resté longtemps sur repeat, faut dire)
(Etrangement je n'avais pas encore remarqué la Transamerica Pyramid)
On va pas se mentir, on était hier soir davantage absorbés par les jeux de mots dans Voici que par la Nouvelle Star. C'est le souci des dernières émissions : les
candidats tu les connais, tu sais à l'avance ce qu'ils vont faire, t'as bien intégré les préjugés du jury, les décolletés de Lio ne t'impressionnent même plus, donc bon, tu jettes un oeil torve
à l'écran de temps en temps et voilà. Reste que :
- Soan s'est fait démonté le cul par le jury sur des trucs qui passaient très bien avant, ça sentait le sacrifice afin d'assurer la finale à Camélia-Jordana. Bien joué les gars.
- "Si le public pouvait se taire quand on chante, ça serait bien, merci", dixit Soan-le-melon, hommage au "Je vous demande de vous arrêter" d'un autre gothic-punk célèbre, Edouard
B.
- C-J a dû découvrir l'auto-érotisme cette semaine, elle a fait un petit bond de cabri que n'aurait pas renié Rémy Julienne sur Paint it black (bousillé par un sitar à la con, soit dit
en passant)(la semaine prochaine : Helter Skelter au xylophone). Pour un peu, même, elle se décoiffait. Dingue.
- Très très bon, le reportage sur Icare en studio, vautré comme Tony Montana et pérorant devant les deux nanas qui se foutaient ouvertement de sa gueule. Dommage pour Soan, bloqué à l'entrée du
studio rapport à ses deux chiens-loups et son pack de kro en bandouillère, il aurait bien rigolé aussi.
- Ribéry a chié tous ses face-à-face, le blaireau. Voilà, c'est dit.
- "Ma mère elle est pour Soan" me sussure ma chère et tendre. Elle doit pas être la seule, vu le choix des chansons (Piaf après Brassens et Brel)(Jacques-Lantier-Revival en finale ?)
- Contrairement aux solos peu mémorables, les duos étaient étrangement bons, avec C-J et Soan sur Walk on the wild side et surtout C-J et Leïla sur un Be my baby assez
joliment tuné.
- C-J out. Visiblement elle s'en tamponne le baklawa, Dédé a déjà dû lui faire signer un contrat "pour un disque de reprises bluesy entre Aretha Franklin et Rose Laurens t'vois, ouais
c'est Liane nue sur la photo là, ah Liane, franchement, je te souhaite la moitié de sa carrière ma petite, bon allez on s'y remet, tourne-toi et ferme les yeux, j'vais te remonter le médium
d'un octave".
- On a loupé l'imitation de Cindy Lauper par Leïla. Ouais, même quand il s'agit de se taper la redif' sur W9 à 23:45, on est à la bourre, c'est comme qui dirait un principe. Sur Françoise
Hardy, la jumelle de Leïla (on a bien vu que la vraie avait un pubis roukmoute sur la tête, on ne nous la fait pas !) assure et se rapproche un tout petit peu de ce qui manque cruellement à
cette saison : pas le talent, pas le professionalisme, mais des candidats qui vivent et ressentent un tant soit peu ce qu'ils chantent.
- On va pas TOUT détailler, mais la styliste de l'émission s'est clairement fait larguer récemment et entend bien enlaidir ce monde pourri. Best-of : le legging argenté de Leïla, les rideaux
dont Leïla et C-J se sont fait des robes hippies-qui-puent et le froc mauve-moulant-aux-cuisses-pattes-d'èph' de C-J. C'est bien simple, dans ce fut', C-J semblait aussi à l'aise pour danser
que votre serviteur sans un litre de vodka dans chaque bras.
- Aucun avertissement de protection des mineurs et âmes sensibles avant la séquence du bus plein de posters de Leïla tous chicots dehors : que fait le CSA ?
- Thomas devait partir, c'était écrit (la semaine prochaine, c'est le tour de Leïla). En même temps, chanter Bowie comme Maria Carey et Téléphone comme C Jérome, fallait oser. Back to Josette
Coiffure.
- Passage ultra-elliptique de "l'ami" de Thomas dans le mini-reportage relatant la gloire naissante (et morte-née) de chaque candidat. Homo, oui, sexuel, faudrait pas pousser non plus.
- Camélia-Jordana glisse sur du velours avec Killing me softly (un peu foiré quand même) et Coquillages et crustacés, chantant toujours aussi faux sans que ça gêne vraiment,
en fait elle ne fait aucune note juste mais papillonne dans une zone entourant vaguement la bonne tonalité, et ça marche, étrangement. De là à
dépasser le stade de l'easy-listening estival, faut peut-être pas déconner. La cornemuse aussi, ça peut être sympa, cinq minutes.
- Aussi délicat qu'un démonte-pneu, Soan casse un peu les couilles sur La mauvaise réputation et hurle One de sa voix Annie-Girardesque mais - étonnament - juste. Si
seulement il avait le tiers de la diction de Thomas (qui ne comprend pas non plus un traitre mot de ce qu'il chante en anglais, mais a le mérite d'apprendre tout en phonétique).
- Côté jury, Manoukian a aimé la virilité de Thomas, Lio a osé parler au nom de Brassens et Virginie Bidule a un peu trop bossé la Deception Attitude de rigueur à l'ouverture de
l'enveloppe finale - là on dirait Adeline ex-Hallyday imitant De Niro dans Taxi Driver.
* telle est la dénomination officielle, écrite tout petit en bas de l'écran, des arnaques sms évaluant le retour de l'être aimé, l'arrivée d'un heureux évènement
ou la perte de poids avant l'été, et qui fleurissent durant les nombreuses pages de pub émaillant la Nouvelle Star. J'aime beaucoup ce gende de trouvaille absconse applicable à tout un tas
de trucs (le dernier livre d'Alain Minc, la méthode Ogino, un plan de reclassement en Picardie...). Service ludique non scientifique.
Notre relation n'a longtemps été qu'incompréhension, je le reconnais.
Dans tes origines neuilléennes (un mot qui, on le remarquera sans mauvais esprit aucun, commence comme neuneu et finit comme hyène), dans ton faciès de vendeur de canapé Cuir Center, dans le
fait que tu n'as jamais vraiment été élu nul part (adjoint à Garches, député suppléant de Santini ministré tout exprès), dans ta syntaxe digne d'un éditorialiste de Bilto, je n'ai d'abord su
lire qu'un délabrement intellectuel rappelant avec nostalgie les heures chantantes de la droite des années trente aujourd'hui réhabilitée avec succès.
Pourtant, quand tu engueulais l'AFP qui ne reprenait pas avec assez de diligence les communiqués fleuris de l'UMP par toi rédigés, je me disais : allons, cet homme a une âme d'écrivain
incompris et souffre de voir sa prose injustement ignorée, si ça se trouve on tient là le futur Destouches, le successeur de Morand, un héritier pour Chardonne.
Quand tu accusais les collectifs de défense des sans-papiers d'avoir insidieusement provoqué l'incendie du centre de détention de Vincennes, je me disais : allons, la détresse aveugle cet
homme, il a dû craindre de perdre dans cet incendie quelque famille malienne qu'il désirait ardemment accueillir chez lui.
Quand tu expliquais que "la dénonciation est un devoir républicain", je me disais : allons,il n'a pas tort, la dénonciation des injustices constitue un devoir pour chaque
citoyen, c'est sûrement ça qu'il a voulu dire. Sûrement.
Quand tu assimilais Priscilla, 11 ans, téléchargeant illégalement le dernier M Pokora avec "les trafiquants d’armes, de médicaments ou d’objets volés, les proxénètes et les psychopathes, les
violeurs, les racistes et les voleurs", je me disais : en même temps, M Pokora c'est comme les OGM, on n'a pas encore le recul nécessaire pour mesurer les dégats sur l'organisme des
consommateurs.
Quand tu qualifiais de "solution innovante" la création de compagnies CRS dédiées aux moyennes sections de maternelle, je me disais : allons, ce garçon si antipathique devait déjà être
stigmatisé dans sa plus tendre enfance, il veut empêcher que d'autres subissent les cruelles avanies dont il fut la victime (certes légitime), c'est humain.
Quand tu proposais benoitement que les femmes enceintes, les cancéreux, les suicidaires et les handicapés travaillent quand même de chez eux sur la base d'un "volontariat" dont le libre
arbitre, dans une société en crise accumulant plusieurs millions de chômeurs, semble difficilement appartenir au camp des salariés, je me disais : allons, après tout, il n'a peut-être pas
tort, même un comportement récurrent de sociopathe décérebré n'a jamais empêché quelqu'un d'écrire des textes sur son ordi, d'ailleurs il en fournit la preuve chaque jour.
Bref, j'étais prêt à te trouver toutes les excuses.
Et bien, je te le dis tout net, la mansuétude commence à me manquer.
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